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JIMMY GUIEU : bibliographie chronologique et internationale complète
Romans, essais, nouvelles, videos, BD, directions de collection
MAJ du 20 juillet 2012
Henri René Guieu (19 mars 1926-2 janvier 2000) a publié sous les noms de Jimmy Guieu, Claude Vauzière, Claude Rostaing, Dominique Verseau et Jimmy G. Quint (en coll. avec Georges Pierquin).
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JIMMY GUIEU : itinéraire d'un franc-tireur de l'Ufologie et de la SF en France
Adulé par les uns, honni par d’autres, Jimmy Guieu ne laisse personne indifférent même presque dix ans après sa mort. Et alors que ses confrères de la période « classique » de la collection « Anticipation » du Fleuve Noir sont tous aujourd’hui plus ou moins oubliés, sauf les Kurt Steiner, Stefan Wul et Gilles d’Argyre/Gérard Klein qui ont poursuivi une carrière ailleurs, Jimmy Guieu, lui est toujours présent en librairie…
Je fais partie de cette légion de lecteurs qui sont « tombés » un jour ou l’autre dans Jimmy Guieu au cours de leur jeunesse, comme Obélix l’avait fait en son temps dans la potion magique. Mieux, j’ai eu la chance de le fréquenter ensuite durant 25 ans et nous avons longtemps travaillé pour les mêmes éditeurs. Notre passion commune pour le paranormal et les ovnis a été le vrai ciment de cette relation et m’a permis de rencontrer souvent ces fans des romans de Jimmy Guieu qui se moquent éperdument du reste de la SF. Des lecteurs ignorés par les spécialistes du genre mais qui ont été les véritables artisans du succès de l’auteur en lui offrant un public plus large que celui de la SF populaire.
Pour eux, Jimmy Guieu n’est pas un écrivain de SF mais un auteur qui utilise le biais de la SF pour parler des ovnis et autres mystères excitants pour l’imagination. Et sa disparition a été vécue comme un vrai drame par beaucoup.
(Jimmy Guieu, Festival de SF de Salon de Provence, juillet 1975, photo RDN)
DE L’ALCHIMIE À LA SCIENCE FICTION
Né le 19 mars 1926 à Aix-en-Provence de parents commerçants, Henri René Guieu s’intéresse dès l’adolescence à l’alchimie et à l’occultisme. Après l’occupation de la Zone Libre en 1942, lui et ses amis du lycée choisissent le camp de la résistance. Arrêté par la Gestapo lors de la rafle à Aix du 20 novembre 1943, il est transféré à la prison des Beaumettes d’où il est libéré en février 1944 en même temps que Henri Malacrida, future figure de la Résistance en Provence. Sur ce, il quitte la région pour s’engager dans un maquis de Vendée jusqu’en 1945. La fin de la guerre le voit, rentrer au pays avec pour toute fortune, suivant son expression, « une canadienne et 1000 francs ».
Il reprend alors pour quelque temps, sans grand résultat, ses études puis se retrouve démarcheur à domicile pour placer des contrats d’assurance. Dans le même temps, son intérêt pour l’étrange s’accroit, notamment avec l’apparition des « soucoupes volantes » en 1947 aux Etats-Unis et dont la presse française se fait régulièrement l’écho.
Un peu plus tard, sans doute poussé par les timides débuts de la SF en France, il rédige un manuscrit intitulé « Le mystère de l’anneau de clé », reposant sur le principe alchimique d’une étroite correspondance entre le macrocosme et le microcosme. Il l’envoie au Fleuve Noir dès l’apparition des premiers titres de la collection « Anticipation » à l’automne 1951. Il choisit d’accoler à son nom son surnom d’enfance de « Jimmy » plutôt que de conserver son prénom usuel de Henri.
L’affaire est promptement traitée par le Fleuve Noir qui cherche des auteurs et le roman, rebaptisé Le pionnier de l’atome, paraît dès début janvier 1952. Jimmy Guieu enchaine immédiatement avec une autre honnête production, Au-delà de l’infini, puis avec trois autres romans mettant à nouveau en scène le personnage de Jerry Barclay. Les deux premiers sont affligeants mais le troisième, L’univers vivant, sauve un peu la mise par son idée centrale jouant sur les imbrications d’univers.
Sous le nom de Claude Rostaing, Jimmy Guieu écrit à cette même époque deux romans policiers pour la populaire collection «La Loupe» des Éditions Jacquier à Lyon, Habanita n'y est pour rien (#17, 1952) et Prisonnières des sadiques (#33, 1954). Guère réussis, surtout le second, ils n'auront pas de descendance dans l'oeuvre de Jimmy Guieu...
À la mi-1953, donc, Jimmy Guieu a le plus grand mal à rivaliser avec Jean-Gaston Vandel (alias Paul Kenny) et Vargo Statten (pseudonyme de John Russell Fearn), les deux autres auteurs de la collection, Richard-Bessière s’étant momentanément mis en congé de celle-ci. Seul petit motif de satisfaction, il vient d’enregistrer l'achat de ses deux premières traductions par des éditeurs étrangers : Terrore sul mundo (Hantise sur le monde) qui sera publié dans le #21 de la revue italienne Urania
LA RÉVOLUTION KARIVEN
En fait de virage c’est plutôt de croisement qu’il faut parler : celui de la SF et de la passion de Jimmy Guieu pour l’Étrange et les ovnis. Quand il met un point final aux insipides aventures de Jerry Barclay début 1953, il est déjà engagé dans l’ufologie. Il est membre de la direction de la Commission Ouranos, le premier groupe privé d’étude des ovnis français, fondé deux ans plus tôt par l’avocat Marc Thirouin et il s’active déjà dans les médias provençaux pour y défendre la réalité du phénomène.
Jimmy Guieu a alors l’idée de reprendre un des personnages du Pionnier de l'atome, Jean Kariven qui, comme lui, est un chasseur de mystères. C’est ainsi que, à l’automne 1953 réapparait dans La Dimension X (#27), cette fois en figure centrale et mieux défini, l’archéologue Jean Kariven. Après une apparition en «guest star» à la fin de Nous les Martiens (#31) qui se déroule dans le passé sur la planète rouge, Jean Kariven sera le héros des huit « Anticipation » suivants de l’auteur, jusqu’à Nos ancêtres de l’avenir (#62) début 1956, avant de réapparaître une dernière fois dans Prisonniers du passé (#72). Jean Kariven se retrouve confronté aussi bien à des extraterrestres se disputant la Terre, et pilotant évidemment les « soucoupes volantes », qu’à nombre d’énigmes relevant de l’occultisme, des civilisations disparues
Jean Kariven « colle » à son créateur qui, de son côté, devient à partir de 1954 un des animateurs de la scène ufologique en France suite à la parution de son livre Les soucoupes volantes viennent d’un autre monde, juste avant la grande vague d’apparitions d’ovnis sur la France à l’automne de la même année qui va défrayer la chronique. La traduction en Angleterre de cet essai en 1956 sous le titre de Flying Saucers come from Another World va même faire de lui un personnage d’envergure internationale. Pour L’homme
À
À partir de mai 1956, Jimmy Guieu entame une collaboration de trois ans avec la revue de SF Galaxie où il publiera une rubrique mensuelle sur les ovnis puis l’étrange, des critiques de livres
Côté SF, les années 1957 et 1958 montrent un tâtonnement dans la thématique. Jimmy Guieu continue à explorer, mais avec des personnages à chaque fois différents, la veine SF/mystères mais introduit avec la trilogie commencée par La mort de la vie (#87) un autre thème sur lequel il reviendra à plusieurs reprises par la suite : la fin de notre civilisation.
1959 voit une petite révolution dans le parcours de l’auteur. Pour trois romans à la suite, il change totalement de genre en abordant le Space Opera pur, ceci apparemment à la demande de son éditeur. Le troisième roman, Piège dans l’espace (#145) a pour héros deux baroudeurs du commerce galactique nommés Blade et Baker, promis des années plus tard à une longue carrière… Mais ces romans, constituant toute la production de l’année et montrant une certaine aisance dans le Space Opera, n’ont pas de suite, Jimmy Guieu revenant dès 1960 à sa thématique habituelle.
VERS DE NOUVEAUX MARCHÉS
La bonne cuvée des quatre «Anticipation» de 1960 masque pourtant le début d’une crise avec le Fleuve Noir qui n’ira qu’en s’aggravant jusqu’à la rupture complète des ponts en 1964. Ne parvenant pas à obtenir une augmentation pour ses «Anticipation», Jimmy Guieu décide de tenter la collection «Espionnage» qui rapporte trois fois plus. Mais, c’est évident, tout comme il avait montré n'être guère à l'aise dans le roman policier avec ses deux essais à «La Loupe», il n’a pas du tout un style compatible avec celui de la littérature populaire d’espionnage. Il finit par en être conscient car, ayant tenté en vain de boucler un roman du genre, il en confie le manuscrit à son vieil ami aixois Georges Pierquin pour le retravailler. Celui-ci a publié en 1955, sous le pseudonyme transparent de Georges E. Perkins, L’assassin frappe deux fois, un roman policier chez Ferenczi. Georges Pierquin mène l’opération à bien, ajoute un deuxième personnage principal, et c’est ainsi que sort dès 1960 le premier espionnage signé «Jimmy G. Quint», Destination cataclysme (Esp. #233).
Par la suite, les tâches seront toujours partagées de la même manière : Georges Pierquin écrit les romans et Jimmy Guieu co-rédige le synopsis et fournit la documentation.
Jimmy Guieu décide aussi d’aller tâter le marché de la littérature pour adolescents et publie aussi cette année-là, sous le nom de Claude Vauzière, Spoutnik 7 a disparu dans la fameuse collection «Marabout Junior» (#167). Il donnera à cette collection un autre titre par an au cours des deux années suivantes.
(Edition en hollandais de 1962 reprenant exactement la couverture originale)
Jimmy Guieu continuant à sortir autant de «Anticipation» qu’auparavant puisque sa part du travail dans les «Jimmy G. Quint» le lui permet, les années 1961 et 1962 (cette dernière marquée par la réapparition de Blade et Baker dans Le secret des Tschengz, #199), et par Opération Ozma, #203) se déroulent sans anicroche. Enfin presque, car un roman intitulé Oniria et destiné à «Anticipation» se r
Finalement, l’orage éclate en 1963 lorsque, suite au rachat du Fleuve Noir par les Presses de la Cité, la collection «Espionnage» est priée d’intégrer les auteurs de son équivalente aux Presses. Il faut donc faire de la place et Jimmy G. Quint, parmi les derniers arrivés, fait partie des condamnés. Le torchon brûle et début 1964, après la parution des Portes de Thulé (#242), Jimmy Guieu quitte le Fleuve Noir, laissant en plan la prometteuse série des «Blade et Baker» qui venait juste d’atteindre son 4eme titre avec Les destructeurs (#237).
EN ATTENDANT LE RETOUR DES DIEUX…
Pour employer un langage holmesien, commence ici « le Grand Hiatus » éditorial de Jimmy Guieu qui ne se terminera que fin 1967.
Qu’on ne s’y trompe pas, les 11 romans signés Jimmy G. Quint qui sortent entre 1965 et 1967 aux Presses Noires sont, encore plus que les précédents, l’œuvre de Georges Pierquin. L’unique vrai livre de Jimmy Guieu à paraître entre le début 1964
GILLES «JIMMY GUIEU» NOVAK Le Jimmy Guieu qui réapparait en 1967 n’est plus tout à fait celui qui avait disparu en 1964. Le style n’a pas changé mais la thématique si. L’intérêt profond de l’auteur pour les doctrines ésotériques comme celles de la Kabbale, des Rose-Croix ou des Templiers qu’on avait pu voir déjà transparaître dans son dernier «Claude Vauzière» mais aussi dans L’âge noir de la Terre (#212), se met alors à imprégner les romans de sa nouvelle série, les aventures de Gilles Novak, qui a débuté avec Le retour des Dieux.
Et ce ne sont pas les «Jimmy G. Quint» qui vont l’aider car les Presses Noires sont en train de sombrer. Le dernier roman, Ombres sur l’Ancerville (1968) sera même payé aux auteurs… en exemplaires du livre ! Donc, lorsque Armand De Caro, le directeur du Fleuve Noir, lui demande de réintégrer «Anticipation», Jimmy Guieu accepte. C’est ainsi que fin 1967, paraît Le retour des dieux(#337) qui, pour bien des lecteurs, est aussi celui d’un auteur qu’ils affectionnaient et croyaient perdu à jamais.
Si le journaliste Gilles Novak est, comme l’archéologue Jean Kariven, un chasseur de mystère, c’est aussi un spécialiste de l’occultisme
Bien meilleur que Le retour des dieux, c’est Les sept sceaux du cosmos (#343) qui lance vraiment la série. Dix-neuf autres titres suivront jusqu’en 1984. Le dernier, Les fils du serpent (#1273), séparé par plus de trois ans du précédent, La clé du mandala (#982), annonce un changement de cap qui se concrétisera, on le verra plus loin, par la création des «Chevaliers de Lumière». De toute évidence, la lecture des trois épisodes précédents, Les yeux de l’épouvante (#851), de Hieroush, la planète promise (#941) et de La clé du mandala, montrait que l’inspiration de Jimmy Guieu était en train de s’épuiser dans le cadre de la série telle qu’elle était.
Cette fatigue graduelle, elle apparaît nettement plus vite dans l’autre série qui monopolise l’activité de l’auteur depuis 1968, à savoir les nouveaux Blade & Baker qui, passés les deux premiers Joklun N’Ghar la maudite (#352) et Traquenard sur Kenndor (#395), deviennent de plus en plus routiniers et répétitifs. Peut-être Jimmy Guieu aurait-il du continuer à écrire, pour se changer les idées, des romans indépendants après la parution de L’Arche du Temps (#407) en 1970. Ce livre, ainsi que ses deux prédécesseurs, Refuge cosmique (#367) et le très « novakien » Demain l’Apocalypse (#402), montrent en effet que ces digressions avaient vraiment du bon...
Combien de fois ai-je en effet entendu dans les années 1970, après l’avoir évidemment posée moi-même, la sempiternelle question : «Mais pourquoi ne publiez-vous plus d’autres livres comme Les soucoupes volantes viennent d’un autre monde ?» Ce à quoi Jimmy Guieu rétorquait qu’il trouvait plus efficace de faire passer ses recherches dans une trame de SF, que cela touchait un public plus large. Et, à partir de 1973, il put ajouter qu’il avait publié Le livre du paranormal, et que la question devenait donc sans objet.
La réalité était bien différente... En fait, aussi incroyable que cela puisse paraître, Jimmy Guieu a complètement raté le boom éditorial qui, en gros, de 1965 à 1975, a concerné l’Étrange sous toutes ses formes. C’était une époque où un auteur inconnu pouvait raisonnablement espérer vendre 50.000 ex. en grand format sous les couvertures de collections telles que «Les Énigmes de l’Univers» de chez Laffont ou «Les Chemins de l’Impossible» de chez Albin-Michel, ceci sans parler de maisons moins prestigieuses comme De Vecchi mais qui avaient leur public.
Or, que va-t-il se passer ? Par un mystère qui reste encore à éclaircir, le Fleuve Noir n’est pas intéressé par une réédition des deux essais devenus introuvables de Jimmy Guieu sur les soucoupes volantes. Manque d’à-propos de l’éditeur ou conditions financières jugées insuffisantes par l’auteur, impossible de trancher car les deux hypothèses sont tout aussi plausibles l’une que l’autre. Toujours est-il que Jimmy Guieu reprend donc ses droits pour essayer vendre ses livres ailleurs Ceux-ci étant des rééditions, les collections de chez Laffont et Albin-Michel qui ne publient que de l’inédit sont fatalement à écarter.

En 1978, un concours de circonstances lui fait croiser le chemin de Jean-Paul Bertrand, un jeune éditeur travaillant au sein du groupe des Presses de la Cité et avec Gérard de Villiers et qui a été jusque il y a peu le grand patron du groupe des Éditions du Rocher. Cette rencontre se révèle vite d’une importance capitale pour Jimmy Guieu qui obtient la direction d’une collection d’essais sur l’Inexpliqué reprenant le nom de l’émission qu’il anime alors sur FR3 Marseille, «Les Carrefours de l’Étrange» et dont le premier titre paraît en 1978.
Mais, et surtout, Jean-Paul Bertrand, agissant pour Plon et Gérard de Villiers (comme co-éditeur sous le label GECEP) proposent à Jimmy Guieu une sorte de «contrat du siècle» qui n’aura jamais d’équivalent dans la SF française : rééditer dans une collection spéciale tous les livres de SF de l’auteur (plus de 80 à l’époque) et, suivant le principe habituelle des séries co-publiées par Gérard de Villiers, faire en sorte que les livres soient toujours tous disponibles, réimprimés quand il le fallait. Tout ceci à la condition que Jimmy Guieu «réactualise» les textes pour qu’ils se déroulent à la date de leur parution.
La plupart du temps, cette réactualisation va se limiter à des changements de date, de type de véhicule, de points de références ainsi qu'à un saupoudrage de sexe et de publicité pour le naturisme dans les titres les plus anciens pour les «moderniser» et les faire surtout correspondre à l'ambiance des «Gilles Novak» des années 1970... Bien plus rares ont été les modifications plus profondes comme la transformation en «Blade & Baker» de Trafic interstellaire paru chez Marabout. Jimmy Guieu ne réécrivait pas ses livres mais portait au stylo les modifications sur des exemplaires des premières éditions (mes cheveux de collectionneur se sont dressés sur ma tête quand je l’ai vu cela…!)L’affaire met du temps à se traiter avec un Fleuve Noir renaclant mais qui finit par plier. Et c’est ainsi que les premiers titres de la collection «SF Jimmy Guieu» se retrouvent en librairie en 1979 pour sortir ensuite à raison de 6 volumes par an, assurant ainsi un revenu régulier, quoi qu’il arrive, à leur auteur, chose que celui-ci n’avait jamais connu jusque-là. En 1979, Jimmy Guieu renvoie en partie l’ascenseur à ses nouveaux éditeurs en leur trouvant Georges Pierquin pour remplacer au pied levé (il écrira deux romans en 7 semaines…) un Auguste Le Breton qui avait quitté d’un coup la rédaction de la série «Les Anti-Gangs».
Jimmy Guieu a beau contre-attaquer vigoureusement, mais pas toujours avec des arguments très crédibles, tout le monde se rend compte, y compris dans les milieux ufologiques, que l’affaire Cergy-Pontoise est une catastrophe médiatique pour les ovnis et un coup dur pour Jimmy Guieu en tant qu’ufologue.
La série noire se poursuit pour lui lorsqu’une mésentente avec Jean-Paul Bertrand se solde par son départ comme directeur de collection en 1981. La parution régulière des rééditions «remastérisées» de la série «SF Jimmy Guieu» se poursuit cependant avec succès de son côté. Pourtant cette présence constante en librairie ne doit pas masquer la réalité : de 1981 à 1986, Jimmy Guieu entreprend la seule vraie traversée du désert littéraire de sa carrière avec seulement un seul roman, son dernier «Anticipation» (Les fils du serpent) en 1984.
LE RETOUR DE GILLES NOVAK
Traverser un désert ne signifie pas pour autant rester les bras croisés. Jimmy Guieu voyage pour son plaisir et ses enquêtes, notamment et encore au Québec, et continue à faire des conférences. Mieux, il s’attelle à un essai sur les ovnis (son premier depuis 30 ans !) qui sort en 1986 en grand format chez Belfond. Le monde étrange des contactés est l’occasion pour lui de revenir l’espace d’un chapitre sur les derniers développements de l’affaire Cergy-Pontoise mais, et surtout, de faire entrer les lecteurs dans l’univers si particulier des gens affirmant être en contact avec des ET. Qu’on soit d’accord ou non sur les thèses de l’auteur, force est de constater que ce livre est instructif et agréable à lire.
L’incursion aux éditions Belfond est le signe annonciateur d’un retour aux affaires. Je me souviens parfaitement des airs de conspirateur affichés par Jimmy Guieu à l’époque dès qu’on abordait le sujet devant lui. Comme nous travaillions alors pour le même éditeur, j’ai su assez vite de quoi il retournait : Gilles Novak allait revenir au Fleuve Noir, non plus dans «Anticipation» mais avec une série séparée intitulée «Les Chevaliers de Lumière» !
Ce titre, que j’ai toujours trouvé très style littérature pour adolescents, annonçait à lui seul que le changement de direction du destin de Gilles Novak esquissé dans Les fils du serpent avait pris forme. Les quatre premiers «Chevaliers de Lumière» sortent en 1987. Trois suivent en 1988, deux en 1989 et un dernier en 1991.
Au cours de ces dix romans, Gilles Novak
La fin de la série en 1991 marque aussi une nouvelle cessation des relations entre Jimmy Guieu et le Fleuve Noir. Cette séparation met aussi un terme à la collection «Jimmy Guieu présente : Les maîtres français de la SF» débutée en 1988 et qui avait réédité 39 romans de ses collègues de «Anticipation» dans un panachage de titres assez représentatif de celle-ci avant l’entrée en force des «jeunes auteurs» des années 1980. J'ai souvent entendu dire que Jimmy Guieu n'avait fait que vendre son nom à l'éditeur pour cette opération mais je suis entré en possession de preuves écrites montrant qu'il choisissait bien lui-même les titres (et demandait éventuellement des corrections dans le texte) parmi une présélection opérée par les auteurs eux-mêmes.
UN CERTAIN DOMINIQUE VERSEAU…
Au cours de la même période, la série « les Érotiques de Gérard de Villiers » publient six romans signés «Dominique Verseau» dont quatre concernent les aventures épicées d’une sexologue galactique nommée Yolanda : Éros à l’infini (#25), Les esclaves de l’espace (#54) La galaxie des plaisirs (#83), La planète aux supplices (#89). Les deux autres, Holocauste pour une momie (#100) et Des nymphes pour le Diable (#154) relèvent, eux, plutôt du fantastique. On l’aura compris, Dominique Verseau et Jimmy Guieu ne font qu’un. Mais ces romans ne datent pas d’hier et les quatre «Yolanda» ont déjà une vie agitée derrière eux…
En effet, cette incursion dans un érotisme assez cru remonte à 1971 avec la parution en poche aux éditions du Python de Yolanda et et les voluptées cosmiques et de Yolanda et la planète aux supplices. En 1972, cette fois en grand format, ces deux romans ressortent retitrés respectivement Éros à l’Infini et Torturez les bourreaux (La planète aux supplices chez G. de V.), accompagnés par deux inédits, Les esclaves de l’espace et L’Univers érotique (La galaxie des plaisirs chez G. de V.), ceci dans une «collection» qui circule entre éditions du Viking, les éditions du Python et les éditions C. Redon, maisons fantômatiques parisiennes peu portée sur les dépôts à la Bibliothèque Nationale et qui ont vite disparu. Jimmy Guieu avait été mis en contact avec leur propriétaire, Jean Carton, par… Peter Randa, alors auteur lui aussi à ses heures de romans X ! Quant aux deux autres romans inédits publiés par Gérard de Villiers, ce sont deux manuscrits restés sur les bras de Jimmy Guieu après la fin de la collaboration avec Jean Carton. Après avoir parfaitement admis au début être Dominique Verseau, Jimmy Guieu s’est mis ensuite, en dépit d’une évidence aveuglante, à prétendre n’étre que «l’agent littéraire » de son alter-ego de la littérature érotique. Ceci avant d’assumer à nouveau et définitivement la paternité de ces romans.
Mais, les voies de l’édition érotique étant plus impénétrables que celles de ses héroïnes, Éros à l’infini et Les esclaves de l’Espace se retrouvent traduits aux Etats-Unis en 1975 par Grove Press à New York, dans une édition grand public distribuée par l’important éditeur de livres de poche Dell. Un destin facétieux fait ainsi que Jimmy Guieu n’ait été édité aux Etats-Unis que comme auteur de SF érotique et, pour couronner le tout, ceci sous un autre nom… Deux des « Yolanda » (Yolanda et les voluptées cosmiques et L’Univers érotique) sont également publiés dans plusieurs éditions en Italie Enfin, le premier Yolanda est partiellement adapté en BD au début des années 1980 par le dessinateur Trébor (Robert Hugues), sous son titre originel de Yolanda et les voluptées cosmiques.
Fin de l’intermède Dominique Verseau…
« L’HORRIBLE VÉRITÉ »
L’abandon progressif des «Chevaliers de Lumière» cache quelque chose d’important chez Jimmy Guieu. Pour résumer à l’extrême, il s’agit de son adhésion aux thèses alors récentes de l’Américain John Lear qui dit avoir la preuve que des ET peu recommandables, les fameux «Gris» ont passé un marché secret avec le gouvernement américain au début des années 1950 et qu’ils se sont installés dans des bases secrètes aux Etats-Unis. Mais cet accord est un marché de dupes, comme le prouveraient les enlèvements d’humains et les mutilations de bétail à grande échelle étudiés par les ufologues depuis les années 1960. Désormais, les Etats-Unis sont les otages des Gris et c’est pour dissimuler cette «Horrible vérité» que la propagande officielle nie
Cette « révélation » apparaît d’abord dans les conférences et des articles de Jimmy Guieu, avant d’arriver sur la place publique avec la parution en 1990 d’un gros «roman-vérité», EBE : Alerte rouge, chez Vaugirard et en grand format. C’est un succès et, l’année suivante, sort la suite, EBE 2 : L’entité noire d’Andamooka. Ces deux romans sont suivis chacun de longues annexes détaillant les éléments de la conspiration planétaire qui sert de toile de fond au récit.
Littérairement parlant, les deux EBE (pour «Extraterrestrial Biological Entities») constituent le projet romanesque le plus ambitieux de Jimmy Guieu et, utilisée comme trame de SF, l’histoire des Gris passe parfaitement. Après tout, la série TV X Files repose elle aussi sur une variation de ce thème et avec le succès que l’on sait.
Par contre, si on aborde la chose du point de vue ufologique, cela se gâte. L’adhésion aux thèses de John Lear, très contestées, pour ne pas dire plus, par la majorité des chercheurs, fait inscrire définitivement Jimmy Guieu dans le camp des extrémistes et annule l’effet cautérisant qu’avait eu Le monde étrange des contactés après la sombre histoire de Cergy-Pontoise.
Jimmy Guieu n’en reste d’ailleurs pas là et publie en 1992, en grand format, cette fois aux Presses de la Cité, Nos «maîtres» les Extraterrestres. Sous ce titre semblant sortir d’une Série B des années 1950 et sous une couverture criarde se dissimule une réédition du Monde étrange des contactés, revue, corrigée et augmentée des «révélations» sur les Gris et leur complot. Le livre se vend suffisamment bien pour connaître une réédition en 1994 chez France Loisirs, cette fois, par contre, avec au moins une jaquette de bon goût. Et pour continuer à faire de son auteur un habitué des émissions TV populaires du genre de celles animées par Christophe Dechavanne, qu’il avait commencé à fréquenter après la parution des EBE et la mise en circulation de la première cassette vidéo de la série «Les Portes du Futur» titrée, EBE-OVNI.
LES PORTES DU FUTUR
En 1991, en effet, Jimmy Guieu se lance avec la petite maison de production marseillaise Dimension 7 dans l’édition des «Portes du Futur», une série documentaires consacrée à de grandes énigmes comme par exemple les Cathares ou les lieux hantés, mais dominée par les ovnis et la main-mise des ET sur notre planète puisque sur les quatorze cassettes qui seront éditées jusqu’en 1994, six se rapporteront à ces sujets.
La qualité du produit est plutôt bonne, surtout lorsqu’on connaît les maigres moyens du producteur/réalisateur Olivier Sanguy, et Jimmy Guieu, avec ses presque 40 ans de métier de conférencier derrière lui et sa faconde naturelle, sait comment y faire pour capter l’attention du spectateur, qu’on croit ou non à ce qu'il raconte... L'Oeil du Sphinx a entamé en 2008 une réédition DVD de la série à partir des originaux remasterisés et en commençant par celle , en un seul DVD des deux VHS consacrées à Rennes-le-Château (Rennes-le-Château : Le grand mystère & Demain : l'héritage révélé).
Toujours dans le registre documentaire, Les soucoupes volantes viennent d’un autre monde, Black–Out sur les soucoupes volantes et Le livre du paranormal sont enfin réédités en poche dans la collection «Dossiers Vaugirard» dirigée par deux grandes dames de l’édition à qui nous devons beaucoup, Jimmy Guieu et moi, Bianca von Heiroth et Véronique Kerbrat. Pour la petite histoire, c’est là que je publie aussi à ce moment-là mes premiers livres sur les ovnis, la cryptozoologie et le vampirisme.
Ensuite, durant un peu plus d’un an, en 1993 et 1994, Jimmy Guieu dirige au Presses de la Cité, dans la foulée de l’intérêt porté à son Nos «maîtres» les Extraterrestres, une collection en grand format intitulée «Les dossiers de l’étrange». Après un ouvrage inédit de son vieil ami Guy Tarade (Le dernier secret de Nostradamus, avec Alexandra Schreyer), il fait traduire, malheureusement sous des titres sensationnalistes et nuisibles à leur crédibilité, deux excellents livres de David Jacob (Les kidnappeurs d’un autre monde) et de Timothy Good (ET Connection : les extaterrestres sont parmi nous). Le suivant au programme est le classique du Pr. John Mack, Dossier extraterrestre : l’affaire des enlèvements, mais il paraîtra en 1994 sans la mention «Jimmy Guieu présente» car la collaboration avec les Presses de la Cité a pris fin dans l’intervalle suite, entre autres, à un différent quand à la taille (imposante…) et même la présence de ce «Jimmy Guieu présente» jugée envahissante par les auteurs étrangers et qui l’avaient fait savoir.
CRÉPUSCULE
Personne ne le sait encore, mais c’est la fin d’une époque. Depuis environ deux ans, passé la publication dans «SF Jimmy Guieu» de Magie rouge (#88) en 1992, un Gilles Novak inédit «à l’ancienne» issu d’un projet avorté de scénario TV, Jimmy Guieu n’a plus publié de roman et le projet d’un troisième EBE n’est plus d’actualité. Désormais, tous les livres publiés par «SF Jimmy Guieu» sont l’œuvre d’autres auteurs n’apparaissant pourtant que comme collaborateurs. Jimmy Guieu est devenu une sorte de marque commerciale. À défaut d’autre chose, on peut y voir la preuve de son succès dans la SF…
Seul Psiboy, l’enfant du cosmos, un gros et assez sympathique roman de SF pour adolescents est terminé. Et puis il y a un vieux manuscrit de SF humoristique, Un terrestre extra qui attend depuis trop longtemps un projet de film qui ne se fera jamais. Finalement, Psiboy paraît en grand format en 1996 au Fleuve Noir. Mais sa belle couverture et le nom de Jimmy Guieu ne suffisent pas à surmonter les handicaps de son prix élevé qui le coupe du public visé et du fait que son caractère de roman pour la jeunesse repousse le public habituel de l’auteur ! Quant à Un terrestre extra, il finit par sortir en mars 1997 aux Éditions Uriel, un label des Éditions Ramuel, petite maison spécialisée dans les ouvrages sur l’Inexpliqué et l’Occulte. Son faible tirage avoisinant les 1000 exemplaires seulement et des problèmes qui empêchèrent pratiquement sa distribution en font le livre le plus rare de l’auteur, même s’il n’est pas, et de loin, son meilleur.
Plus grave que tout cela, les problèmes de santé de Jimmy Guieu se font de plus en plus pressants. Ne pouvant plus supporter la chaleur en raison de faiblesses cardiaques ,il a du quitter son appartement d’Aix-en-Provence pour s’établir en région parisienne avec son épouse Lucia. C’est là qu’il rédige son dernier manuscrit, un nouvel essai sur la conspiration des Gris et de leurs alliés intitulé Terre, ta civilisation fout le camp ! Ayant lu ce manuscrit, dont je possède toujours une copie, j’ai fait remarquer à Jimmy Guieu son côté un peu hétéroclite qui nuisait à l’ensemble, tout comme son titre le faisait pour sa crédibilité. Ceci sans parler des risques de procès en diffamation... Comme je n’étais visiblement pas le premier à le lui dire, il a entrepris de le retoucher mais sa santé déclinante et, sans doute l’absence de débouché rapide, l’a empêché de mener cette tâche à bien. Les personnes qui ont fait circuler sans autorisation des versions numérisée de ce manuscrit sur Internet, prétendument au nom le la «liberté d'expression», ont en réalité trahi la volonté de Jimmy Guieu et lui ont causé plus de tort que de bien (la stupidité de certains, pour ne pas dire plus, est décidément un fléau de l'ufologie...).
J’ai vu Jimmy Guieu pour la dernière fois au début de l’été 1998 à Paris. Il paraissait en meilleure forme et envisageait une nouvelle série de SF, qu’il avait déjà intitulée dans son esprit « Commando Espace-Temps » et dont il voulait écrire le début avant de la faire « sous-traiter » par un ou deux collaborateurs. Mais en 1999, alors que je venais de quitter la France pour le Québec (ce qui l’avait ravi au plus haut point !), j’ai appris que son état de santé s’était brusquement agravé. Le cancer qui allait l’emporter au deuxième jour de cet An 2000 qui avait tant nourri l’imaginaire de sa génération, était en train de gagner la partie…
Quelques mois après sa mort, les Éditions Vauvenargues ont réédité en un seul gros volume les 2 EBE avec un cahier photo inédit et des annexes remises à jour. Fin 2003, le même éditeur a mis un terme,
Jimmy Guieu a reçu le Grand Prix du Roman de SF 1954 pour L’homme de l’espace, le Prix du Roman Ésotérique 1969 pour L’Ordre Vert, le Grand Prix du Roman SF Claude Auvray 1973 pour Les germes du Chaos et le Prix du Roman à Succès 1987, catégorie SF, pour La Force Noire.
Ses romans ont été traduits dans de nombreux pays : Allemagne, Hollande, Italie, Espagne, Portugal, USA (D. Verseau), Grèce et, surtout, Brésil. Du côté de ses essais, Les soucoupes volantes viennent d’un autre monde est paru en Angleterre, en Espagne et en Roumanie, Le livre du paranormal, en Espagne, en Italie et en Roumanie et Nos « maîtres » les extraterrestres, en Roumanie.
UN AUTEUR DE SF... VENU D’AILLEURS !
Auteur à part et n’ayant jamais vraiment fréquenté la communauté de la SF, Jimmy Guieu est un franc-tireur du genre qui a toujours agacé ceux qui prétendent penser à la place des lecteurs.
Beaucoup de spécialistes de la SF le méprisent en effet pour sa croisade en faveur des ovnis car, comme chacun sait, quand on habite déjà un ghetto dénigré par l’intelligentia on n’aime guère se retrouver avec l’étiquette d’un autre ghetto en plus sur les épaules. Surtout s’il s’agit de quelque chose d’aussi «stupide» que l’ufologie, n’est-ce pas ?
Et n’oublions pas non plus l’autre étiquette, celle d’être un «facho» (terme galvaudé par excellence…), qui colle à la peau de Jimmy Guieu depuis la période noire de la SF dite «politique» des années 1970 qui a failli rayer de la carte la production française : là où il faut être de gauche ou signer des pétitions dans le magazine des bobos qu'est Les Inrockuptibles pour être qualifié d’intelligent, un Jimmy Guieu haïssant les marxistes et les terroristes et ne supportant pas la vue d’un «hippie drogué et crasseux» (sic) ni le désordre dans la société part avec un certain handicap face à l’intellectuellement correct… Mais les excès de langage et un goût très (trop ?) prononcé pour une prétendue sagesse que l’humanité aurait perdue ne doivent pas faire oublier, et il suffit de le lire pour le voir, que Jimmy Guieu n’aimait pas le racisme, le sexisme, l’anti-sémitisme, le rigorisme moral qui empoisonne la vie, les gens qui bouzillent la planète, ceux qui asservissent leurs semblables par l’argent ou la force, la malhonnêteté intellectuelle et j’en passe. Tout cela fait de Jimmy Guieu un homme de droite un peu bizarre et non un «facho».
Passons maintenant à la littérature, ce qui est nettement plus intéressant. À la lecture des romans de Jimmy Guieu, on découvre vite que celui-ci n’est pas un grand styliste et qu’il a un penchant un peu trop prononcé pour les digressions et les explications qui cassent l’action. Quant aux intrigues, il arrivent assez souvent que leur déroulement ne soit pas à hauteur de ce que laissait espérer leur début, Jimmy Guieu étant plutôt habile pour capter l’attention du lecteur dans les premiers chapitres. Enfin, les personnages ne sont que très rarement nuancés : les bons sont aussi parfaits que les méchants sont abjects. Lorsque Jimmy Guieu disait qu’il était manichéen dans l’âme, il ne mentait pas sur la marchandise…
Alors, pourquoi un tel succès qui dépasse les limites de la SF ? Et qui a attiré tant de lecteurs à celle-ci, même si elle fait sa mijaurée dès qu’on lui parle de Jimmy Guieu ? Simplement parce que, pour reprendre une expression populaire, le tout chez cet auteur est supérieur à la somme des parties.
(Jimmy Guieu vers 1990, photo transmise par Ion Hobana)
Le style n’est peut-être pas ce qu’on a lu de mieux dans le genre mais il est relevé par une faconde et un allant qui inspire la sympathie et instaure une sorte de complicité avec le lecteur. Les explications envahissantes pour certains sont justement ce qui plait aux fans de l’auteur qui ont l’impression de lire plus qu’un roman, d’avoir accès sous forme de fiction à des savoirs qu’on leur cache ou dont ils ne connaissaient pas l’existence. C’est surtout évident chez le lectorat extérieur à celui de la SF, ainsi que j’ai pu le constater très souvent. Souvenons-nous qu’un des livres les plus prisés de Jimmy Guieu a toujours été L’Ordre Vert (#384, 1969) qui pourtant, par moment, ressemble plus à un essai sur la mystique templière qu’à un roman de SF…
C’est aussi ce même débordement de précisions, de notes de bas de page (les immortels « Authentique ! ») qui alimente le mystère de l’extérieur
À ce propos, je suis toujours été amusé de voir le regard des inconditionnels de Jimmy Guieu à qui je dis avoir fréquenté le géomancien Alain Le Kern du temps où nous habitions tous les deux Aix-en-Provence. Pour eux, c’est comme si, quelque part, j’avais connu Gilles Novak et Régine Véran… Pourtant, eux mêmes ne se doutent pas du petit frisson que j’ai ressenti en découvrant en chair et en os un des compagnons de ce Gilles Novak dont je ne manquais jamais une seule aventure depuis mes 14 ans…
Ne serait-ce déjà que pour ce petit frisson-là qu’aucun autre de tes confrères ne m’a jamais procuré, Jimmy, je te dis merci.
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PS : Trois livres concernant Jimmy Guieu devraient sortir d'ici un an en France : un recueil d'articles et de témoignages sur lui à L'Oeil du Sphinx (sous la direction de Jean-Luc Rivera), une anthologie-hommage, Dimension Jimmy Guieu chez Rivière Blanche coll«à la fusée» (sous ma direction) et... un roman de SF inédit datant des années 1960, toujours chez Rivière Blanche !
RDN
(C) 2004-2009
INTERVIEW INÉDITE DE B. R. BRUSS / ROGER BLONDEL
Reproduite grâce à Charles Moreau et avec l'accord de Jacques Guiod
Toutes les notes sont de Richard D. Nolane
Heureusement conservée de longues années par Charles Moreau, cette interview de B. R. Bruss, l'un des auteurs les plus importants des collections "Anticipation" et "Angoisse" du Fleuve Noir, a été réalisée par Jacques Guiod et Alain Lacombe en 1977, peu de temps donc avant la mort de l'auteur. Jacques Guiod pense se souvenir qu'elle avait été réalisée pour une émission qu'animait Alain Lacombe, aujourd'hui décédé, sur Sud-Radio. Mais s'il n'est pas certain qu'elle ait été diffusée à l'époque, il est sûr qu'elle n'a jamais été publiée. On remarquera que, comme tout le monde à l'époque, les interviewers ne savaient pas que B. R. Bruss / Roger Blondel avait déjà publié avant la 2eme Guerre Mondiale. Et que l'auteur s'est bien gardé de les détromper...
Paris, 1931
Né en 1895, René Bonnefoy a publié en effet sous son nom plusieurs romans de littérature générale au cours de l'entre-deux-guerres. Sa participation comme Secrétaire Général à l'Information au gouvernement de Vichy lui vaut de très sérieux ennuis à la Libération. Abandonnant un temps la littérature générale, René Bonnefoy devient en 1946 B. R. Bruss pour la publication de son premier roman de SF, Et la planète sauta. Huit ans plus tard, il entâme une longue carrière au Fleuve Noir sous ce nom. Parallèlement, et cette fois sous le nom de Roger Blondel, il retourne avec talent en 1956 à la littérature générale chez Gallimard. B. R. Bruss et Roger Blondel poursuivront en parallèle leur oeuvre respective jusqu'en 1974, année de la parution du dernier "B. R. Bruss" au Fleuve Noir "Anticipation". René Bonnefoy était aussi peintre et sculpteur, Il est décédé en 1979.
Édition italienne de Et la planète sauta (1961)
Richard D. Nolane
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Ce n'est un secret pour personne, vous avez 82 ans et votre premier roman est sorti il y a une trentaine d'années. On peut donc parier d'une vocation tardive...
J'ai commencé à écrire l’âge de six ans, comme tout le monde, mais je ne suis effectivement auteur que depuis la fin de la guerre (1). J'ai commencé par de la science-fiction avec Et la planète sauta (2). Je dirigeais chez un éditeur plein de veine financière (puisqu'il avait édité Caroline chérie) une collection de science-fiction, ce qui était assez étonnant pour l'époque. Mais cette collection n'a vu qu'un seul titre, le mien, car l'éditeur a eu de gros problèmes d'argent et est mort peu de temps après (3) Il y avait pourtant un second roman en préparation et c'est ainsi que j'ai atterri, au plutôt aluni, au Fleuve Noir, Cela fait près de trente ans, et j'ai dû donner à cette maison une soixantaine de romans de science-fiction au d'angoisse. En moyenne, cela fait deux romans par an. Parfois, cela montait à trois au quatre mais le rythme retombait à un seul quand je faisais du Blondel.
Vous avez commencé en temps que B.R. Bruss mais vous aviez visiblement envie de faire autre chose…
On m'a souvent demandé pourquoi je m'appelais Blondel et Bruss. J'ai peut-être eu tort d'avoir deux noms, il n'est pas bon de se disperser. Il vaut mieux, quand on a publié un volume, continuer dans la même voie, en variant un peu à chaque fois. Grandir dans une ornière, ça ne donne pas toujours des fleurs magnifiques mais ça assure une sécurité. Blondel a donc débuté par Le mouton enragé (4). je l'ai porté chez un éditeur où je croyais avoir un ami qui pourrait m'aider et qui m'a en fait dit que c'était exécrable. Je l'ai alors porté chez Gallimard. Je connaissais un peu Paulhan, qui l'a pris et m'a adressé à l'occasion une lettre brève mais pleine de chaleur. Gallimard a d'ailleurs réédité ce livre à la sortie du film (5), ce qui lui a permis de faire une seconde carrière, pas formidable mais intéressante. Mon deuxième manuscrit ne plaisait pas à Gallimard et c'est Laffont qui l'a pris. Successivement, il y a eu L'archange (6), Bradfer et l'éternel (7) et Le boeuf (8). Je suis maintenant chez Lattes, avec quatre livres parus et un cinquième pour la rentrée (9).
Les fontaines pétrifiantes ?
C'est cela. Ce n'est peut-être pas mon livre le plus actuel mais c'est celui qui est le plus mêlé à la vie courante.. Il touche à des événements qui se rapportent un peu à Mai 68. C'est la critique et même la satire des méthodes de ressassement dans les universités et dans la vie de tous les jours. il m'est difficile d'en parler parce qu'il s'en va à droite et à gauche, avec toutefoisune certaine continuité. Les personnages centraux sont deux étudiants, un garçon et une fille, un professeur très pétrifié qui se dépétrifie sur le tard et un super-professeur qui est le grand magistrat de la pétrification et qui publie régulièrement des livres de maximes et d'aphorismes. Je cite sa production dans mon livre --une de ses citations longue d'une page et demie est tirée du Dictionnaire des idées reçues de Flaubert et se moque gentiment du bourgeois. Et puis, il y a cette révolution qui échoue, d'ailleurs. Mais ce n'est pas Mai 68 sur Terre, c'est un univers nommé "la salle d'attente" où des abrutis croient à la venue d'un train qui les emènera dans un monde meilleur.
Il me semble que c'est bien plus politique que dans les autres romans... Bien que dans Les graffiti...
Les graffiti, c'est ce que j'ai fait de mieux avec Bradfer et l'éternel, si je peux juger par moi-même. C'est encore moins facilement résumable que les autres, c'est du fantastique métaphysique, ce qui n'est pas très alléchant pour le grand public. C'est l'histoire d'un type, Aldin, qui a des ennuis avec sa maîtresse au point de vouloir se suicider et qui va trouver un autre type qui lui propose un marché : il lui demande de faire une opération non pas vengeresse mais métaphysique et qui consiste à tuer le Prince. Aldin se met donc en quête du Prince. On en trouve des reflets et des échos partout, il y a des gens qui en parlent abondamment, on en parle aussi dans les livres sacrés, mais personne ne l'a vu. Des gens l'adorent, se prosternent devant son image , mais ne le rencontrent pas. Sa quête du Prince plonge Aldin dans des aventures nombreuses. À un moment donné, dans une ville (cela se passe aussi dans un endroit indéfini), il devient l'ordonateur de graffiti. C'est une ville dont les murs sont couverts d'inscriptions de toutes sortes, et il a pour mission, avec un personnel nombreux, de lire tous les matins tous les graffiti, de relever ceux qui sont un peu subversif , ceux qui sont intéressants, ceux qui apportent des lumières... Et il doit faire un rapport général remis aux autorités de la ville qui ira dormir dans les archives sans qu'on n'en tienne jamais compte. Ces graffiti, que je cite énormément dans mon bouquin, sont tirés de trois sources : les auteurs classiques, Montaigne, Pascal, Diderot et d'autres moins connus; les textes surréalistes et le dictionnaire des graffiti patronné par Breton; et enfin, ma propre imagination, sans que l'auteur véritable soit jamais cité en bas de page. Donc, le héros essaie de trouver au travers de ces graffiti des lumières susceptibles de le conduire au Prince. Il y a de fréquentes allusions mais aucune ne lui apporte la lumière, et il quitte la ville en compagnie de celui qui lui avait demandé de tuer le Prince et son gardien. Pour le héros, il ne s'agit pas de tuer des princes mais de tuer Le Prince. Des moyens usuels ne manqueraient pas s'il agissait par vengeance ou esprit de lucre. Mais il s'agit d'autre chose, et c'est là que pointe la métaphysique car le Prince, vous l'avez deviné, c'est Dieu. à la fin de leur aventures picaresques, ils arrivent, dans un décor boréal, devant un palais à moitié en ruines. Aldin est envoyé en reconnaissance, il se balade parmi ces ruines ténébreuses et découvre finalement sur un vaste fronton un dernier graffiti : "Le Prince est mort". Il n'aura donc pas à le tuer et il rejoint les autres pour rentrrer dans la vie ordinaire et faire un enfant à la fille qui les a accompagnés. C'est un personnage assez bizarre, qui joue un peu les magiciennes. Elle ne parle pas mais elle n'est pas muette. Sa maison ressemble à une villa de banlieue posée sur une île qui se déplace au lond des fleuves; elle y reçoit des gens qui lui posent des questions sur leur vie et elle répond en faisant elle aussi des graffiti. Elle écrit avec une vitesse foudroyante sur les murs d'une grande pièce réservée à cet usage et couverte de tableaux noirs...
Il est vrai qu'il est difficile de résumer un tel livre. C'est un peu comme pour Le boeuf...
Oui, et on pourrait croire que c'est également impossible à transposer. Eh bien, j'ai un ami, un jeune réalisateur qui s'appelle Stéphane Kurk, qui veut faire Le boeuf. Il serait sur le point d'aboutir pour la télévision, et c'est Michel Bouquet qui tiendrait le rôle du professeur. Ce projet l'intéresse beaucoup et il aurait même fixé des dates de tournage au début de l'an prochain. Ce garçon est venu me voir avec sous le bras le scénario et les dialogues. Cela m'a beaucoup plu. J'y ai trouvé beaucoup de sensibilité. Si on lui en donne les moyens, il pourra tirer quelque chose de très bien, Et puis là, j'ai pu voir le scénario avant que le film soit réalisé, ce qui n'est pas toujours le cas.
Le mouton enragé ?
C'est un film assez honnête dans l'ensemble, bien qu'il manque tout de même deux ou trois choses. Et puis, ce qui est dommage, c'est que le dialoguiste n'ait repris aucune phrase du roman. Le ton aurait été bien plus fidèle. Enfin, cela a été un gros succès un peu partout, je crois...
Le problème est différent pour l'adaptation de L'archange à la télévision ?
Oui, car c'est moi-même qui ai fait l'adaptation (10). Il y a eu aussi une adaptation radiophonique de Et la planète sauta. C'était Pierre Versins qui en avait pris la responsabilité.
Vous n'avez jamais songé à écrire des scénarios originaux ?
Si, j'en ai fait deux ou trois qui dorment dans mes tiroirs. Il y en a un qui pourrait faire un film commercial. Il y en a un autre qu'un cinéaste du nom d'Agabra aurait voulu tourner mais les producteurs n'en ont pas voulu, prétextant que c'était une histoire d'aveugles... Bien sûr il y a des aveugles. C'est une histoire à la Bunuel, cela pourrait se passer au Mexique ou en Espagne. C'est l'histoire d'une nonne qui n'est pas aveugle mais qui a un beau-frère aveugle et musicien. Et il conçoit cette idée diabolique d'employer des aveugles musiciens pour les faire chanter dans les rues ou les spectacles et recueillir la galette. Il les loge, les nourrit et les exploite. C'est déjà assez bunuelien. Et cela se termine de façon dramatique par la révolte des aveugles. La scène se passe dans un sous-sol où ils veulent tuer leur maître. Il est enfermé, acculé dans un coin. La pièce est éclairée. Ils le cherchent pour le tuer. Et c'est lui-même qui rallume pour montrer qu'il est bien là et qu'il accepte ce qu'ils désirent. J'ai étudié cette scène dans les moindres détails. Cela aurait pu durer un quart d'heure. Mais le scénario dort dans un tiroir. J'en avais parlé à Rossignol, l'agent de Gallimard, qui m'avait suggéré d'en faire un roman pour convaincre plus facilement les producteurs mais cela ne m'a pas tenté, bien que le roman ait pu être plus public que Les graffiti.
J'ai l'impression que les critiques ne vous suivent pas...
C'est vrai. Mes livres se vendent peu et les critiques sont peu nombreux à parler de moi. Ils préfèrent peut-être parler des académiciens pour entrer à L'Académie... Et puis, il y a ceux qui ne comprennent pas. En revanche, il m'est arrivé une histoire fort curieuse : un jour, j'ai reçu une lettre d'un garçon qui m'envoyait une nouvelle pour que je lui donne mon avis. C'était très curieux, c'est-à-dire très bon. Je lui ai répondu et il m'a alors parlé des Graffiti pendant une quinzaine de pages. Il en a fait une analyse très serrée, à tous les niveaux, pour me dire à la fin que ce livre aurait du sortir dans une collection philosophique.
Blondel, Bruss... Il y a encore bien d'autres personnages en vous, je crois...
J'ai fait un certain nombre de traductions de l'anglais, dont un livre de Menahem Beghin que j'avais rencontré pour l'occasion. Et puis il y a eu deux Van Vogt, La guerre contre le Rull et La maison éternelle qui traduit pour le Fleuve Noir s'est retrouvé chez Opta, en "Galaxie-bis". À une époque, j'ai écrit un certain nombre de livres alimentaires et des romans érotiques sous le pseudonyme de Georges Brass (10). L'un d'eux, L'amour ne se mange pas en salade (11), était assez littéraire. Il s'est bien vendu et pourrait même être réédité..
Ce gros roman est paru aux éditions de la Pensée Moderne sous le pseudonyme de Marcel Castillan (12) et Lattes l'a repris il y a quatre ans sous un pseudonyme différent, celui de Roger Fairelle. C'est pour cet ouvrage que j'ai battu mon propre record : j'ai écrit 36 pages à la machine la même journée. en commençant tôt le matin et en finissant tard le soir. Don Juan a été traduit en espagnol (13) et en allemand (14) . C'est un roman de cape et d'épée, dans la grande tradition populaire. Mais j'ai tout de même eu la surprise un jour d'être invité par un professeur en Sorbonne à faire une conférence sur mon livre Cela se passait à l'amphi Descartes et il y avait plus de 400 étudiants. Cela faisait partie d'un cours général sur le mythe de Don Juan....
Et à part Les fontaines pétrifiantes, vous avez d'autres projets ?
Rien, absolument rien. Je suis malade depuis un an et il m'est impossible d'écrire. Et puis quand je n'écris pas, je m'emmerde ! (15)
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NOTES
(1) Pieu mensonge de l'auteur qui semble vouloir faire oublier les 5 livres publiés sous son vrai nom de René Bonnefoy entre 1928 et 1932...
(2) Ed. Le Portulan, 1946. Réédit. en 1971 chez Robert Laffont ("Ailleurs & Demain Classiques") et en 1979 au Livre de Poche.
(3) La collection à laquelle fait ici allusion René Bonnefoy est "Temps Futurs" chez Jean Froissard où il publia en 1953 son deuxième roman de SF, Apparition des Surhommes avant d'entrer en 1954 au Fleuve Noir "Anticipation" avec SOS Soucoupes (#33).
(4) Gallimard, 1956 et 1974.
(5) Film de Michel Deville (1973) sur un scénario de Christopher Frank, avec Jean-Louis Trintignant dans le rôle principal ainsi que Romy Schneider, Jean-Pierre Cassel et Jane Birkin.
(6) Robert Laffont, 1963.
(7) Robert Laffont, 1964, Lattes, 1979.
(8) Robert Laffont, 1966.
(9) Sous les marques J.C. Lattes/Edition Spéciale (La grande parlerie, 1973 et Un endroit nommé la vie, 1973) puis J. C. Lattes ( Oh ! Oh!, 1974, Les graffiti, 1975 et Les fontaines pétrifiantes, 1978). Le lien avec Jean-Claude Lattes ne faiblira jamais jusqu'à la mort de René Bonnefoy en 1979. Certaines éditions de chez Lattes ont pour couverture des peintures de René Bonnefoy.
(10) Réalisé par Olivier Ricard en 1967.
(11) Certains prêtent ce pseudonyme à... Frédéric Dard (!), lequel ne l'a jamais reconnu, et pour cause ! Le fait que les Éditions Lutecia, qui ont publié 7 des 8 "Georges Brass" entre 1952 et 1955, avaient leur siège social à Lyon y est probablement pour quelque chose...
(12) Le premier "Georges Brass", en 1951, et le seul à n'être pas sorti chez Lutecia mais aux Édition B.N. à Paris.
(13) La vie voluptueuse de Don Juan, Éditions de la Pensée Moderne, 1954, repris par J.C. Lattes/Édition Spéciale en 1973 sous le même titre mais sous le nom de Roger Fairelle.
(14) Don Juan, CVS, Madrid, 1975.
(15) Aucune trace de cette traduction dans les catalogues de la Bibliothèque Nationale Allemande...
(16) En fait, un dernier roman signé B. R. Bruss (mais qui ressemble fortement à un "Roger Blondel" publié sous un nom plus connu des amateurs de fantastique), Les espaces enchevêtrés paraitra en 1979 aux Éditions NéO, dans la collection "Fantastique/Science Fiction/Aventures".
Une interview télévisée de ROGER BLONDEL réalisée par Bernard Pivot en 1978, est disponible sur le site de l'INA ici :
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